L'enfant

La nuit et ses rêves troubles : des femmes chevauchent dans les airs, d’autres foulent le sol enneigé, se portent dans les forêts et même dans les maisons : les huis ne les arrêtent pas la nuit venue. Et puis cette main froide qui vous monte dans le dos, sous les draps et sous les habits. Cette maison est habitée par des gens que personne ne voient, qui nous semblent plus proches que ceux de chair. La détresse de toute une jeunesse tient à cela : la frayeur des ombres sans visage, les voix du passé qui se font entendre, la nuit venue. Quand dans nos têtes s’éveillent des êtres endormis depuis des siècles, qui se mettent à parler. Ce noir qui fait peur attise pourtant ce feu qui couve depuis toujours au fond de l’être, les braises ambrées d’un désir de mort, de vivre ce qui était. Ce monde qui change toujours pour le pire n’est alors attirant que pour ses ruines et ses tombes.

Le rêve

Le souffle frais, les lèvres délicates, le sourire lumineux, les yeux en perpétuelle floraison – nous perdons constamment cela. Nous nous accrochons malgré tout à ce beau rêve – le rêve! Celui qui ne doit, ne devrait, jamais… Une source qui ne devrait jamais se tarir.

Mais nous rêvons, et perdons et perdons, toujours plus, quelle que soit la couleur qui enveloppe le rêve. Enfin, c’est ce que nous craignons, une crainte irrationnelle qui sommeille en nous depuis le début, enfouie bien profondément, que l’on essaie toujours de chasser dès qu’elle semble vouloir s’ébrouer comme le ferait une bête au sortir de sa tanière ; mais maintenant un torrent puissant semble s’écouler de nos âmes, charriant tous les moments passés jamais vécus et ceux à venir qui ne se dévoilent qu’en un monde de possibilités noyées dans un tissu d’ombres aux contours flous et mordorés, aussi vite entrevues qu’emportées par les flots ; et nous nous vidons ; nous ne voyons plus rien que l’eau tumultueuse ; impossible de reprendre son souffle ; sous nos pieds, le vide ; quant au rêve, il se déverse dans un océan de perte et de solitude, et nous nous enfonçons avec lui et plus nous rêvons, plus nous descendons dans l’abîme.