Le rêve

Le souffle frais, les lèvres délicates, le sourire lumineux, les yeux en perpétuelle floraison – nous perdons constamment cela. Nous nous accrochons malgré tout à ce beau rêve – le rêve! Celui qui ne doit, ne devrait, jamais… Une source qui ne devrait jamais se tarir.

Mais nous rêvons, et perdons et perdons, toujours plus, quelle que soit la couleur qui enveloppe le rêve. Enfin, c’est ce que nous craignons, une crainte irrationnelle qui sommeille en nous depuis le début, enfouie bien profondément, que l’on essaie toujours de chasser dès qu’elle semble vouloir s’ébrouer comme le ferait une bête au sortir de sa tanière ; mais maintenant un torrent puissant semble s’écouler de nos âmes, charriant tous les moments passés jamais vécus et ceux à venir qui ne se dévoilent qu’en un monde de possibilités noyées dans un tissu d’ombres aux contours flous et mordorés, aussi vite entrevues qu’emportées par les flots ; et nous nous vidons ; nous ne voyons plus rien que l’eau tumultueuse ; impossible de reprendre son souffle ; sous nos pieds, le vide ; quant au rêve, il se déverse dans un océan de perte et de solitude, et nous nous enfonçons avec lui et plus nous rêvons, plus nous descendons dans l’abîme.

Steinguden

Olav H. Hauge

Du ber steinguden
der inni deg.
Og du tener han truge
og ofrar til han i løynd.
Kransar og kveikte kjertar
ber du til han
med blodige hender,
endå du kjenner
kjøldi av han
i hjarta ditt
og veit dine drag
vert stive som hans
og din smil
like kald.
——
Tu portes le dieu de pierre
là en toi.
Et tu le sers fidèlement
et tu lui sacrifies en secret.
Tu lui portes
des couronnes de fleurs et des chandelles allumées
avec des mains pleines de sang,
seulement tu sens
son frimas
dans ton cœur
et sais que ton souffle
sera aussi dur que le sien
et ton sourire
aussi froid.

*traduction personnelle