
Ilford 400. 50mm.
Je ne suis jamais seul. Tapi au fond de mon être, froid et silencieux, se cache quelque chose, qui attend et attend. Il est enchaîné, enserré dans ses propres liens. Sur tout ce que je fais, il pose son regard et porte son jugement. J’ai longtemps cru qu’il accumulait ainsi des preuves à mon encontre, afin de mieux pouvoir me condamner, au terme d’un procès où ma vie serait passée au crible et où chaque hésitation, chaque erreur, chaque choix contre-nature constitueraient autant d’éléments à charge et d’actes d’accusation. Une vie gâchée à se renier, crime suprême et impardonnable que seul un feu sublime pourrait expier.
Je le sens qui secoue ses liens. Se détacher pour mieux me jeter dans ses rets??? C’est le dieu lieur. Tout ce qu’il touche se retrouve emmêlé, et plus l’on tente de se libérer, plus la corde se resserre et nous étouffe. Il nous entraîne d’une passion à l’autre, d’un ennui à l’autre, également. Comme pour vérifier si nous possédons toujours cette parcelle divine qui nous a été octroyée – sans que nous la méritions encore. Nous sommes comme un vase recelant un nectar sacré, tel le soma prisé par l’obscur Varuna, recherchant toujours l’ivresse divine… Brisons le vase et notre âme s’en écoulera. Rapidement pour certains, à un point tel que nous croirons qu’ils ont toujours été vides, le coeur comme un désert. Autrement, pour d’autres, goutte à goutte, à travers une fêlure à peine visible. Ils se dessécheront alors tranquillement sans même s’en rendre compte, au final exempts d’ivresse et de poésie, comme ceux ayant tôt fracassé le vase. Êtres mornes et âmes grises, sculptures sans relief à la voix atone.

